Parfum, argile et eau florale : l'art du soin à la marocaine

Parfum, argile et eau florale : l'art du soin à la marocaine

Au Maroc, prendre soin de soi n'est pas un geste de consommation : c'est un héritage. Dans la médina de Fès, la beauté se transmet comme une recette de famille, avec des matières simples, des gestes lents et un sens du rituel qui traverse les siècles. Trois ingrédients en disent beaucoup sur cet art du soin : l'argile, l'eau florale et le parfum.

L'argile : le rhassoul, ou l'art de purifier

Le rhassoul (ou ghassoul, de l'arabe ghassala, « laver ») est une argile minérale extraite dans les montagnes du Maroc, notamment dans la région de Missour. Grasse, douce et riche en minéraux, elle est lavée, séchée puis parfois parfumée de fleurs ou d'herbes avant d'être délayée dans un peu d'eau ou d'eau florale.

Au hammam, on l'applique sur la peau et sur les cheveux. Elle nettoie sans dessécher, rend la peau souple et laisse les cheveux légers. C'est l'un des gestes les plus anciens du bain marocain, souvent associé au savon noir beldi et au gant kessa, qui débarrasse la peau de ses cellules mortes.

L'eau florale : la rose et la fleur d'oranger

Si l'argile purifie, l'eau florale apaise. Les deux plus emblématiques sont l'eau de rose et l'eau de fleur d'oranger.

L'eau de rose vient en grande partie de la vallée du Dadès, autour de Kelaat M'Gouna, où les roses sont cueillies à l'aube au printemps puis distillées. L'eau de fleur d'oranger, élaborée à partir des fleurs des orangers amers, accompagne depuis toujours la vie quotidienne des maisons de Fès, où l'oranger est un hôte presque obligé de la cour intérieure.

On les retrouve partout : vaporisées sur le visage pour rafraîchir la peau, versées sur les mains d'un invité en signe d'accueil, parfumant une pâtisserie ou un thé. L'eau florale est autant un soin qu'une forme d'hospitalité.

Le parfum : l'encens, l'ambre, le musc

Le parfum marocain se pense en mélange. Dans le souk des attarines, les parfumeurs et herboristes composent des mélanges d'encens et de résines (bkhour), d'ambre, de musc, de bois et d'huiles essentielles. On les brûle pour parfumer la maison avant l'arrivée des invités, on en imprime les vêtements, on en offre pour les fêtes et les mariages.

Le mot « attar », qui désigne le parfumeur-herboriste, a d'ailleurs donné son nom à ce quartier : on y reconnaît un métier, mais aussi une manière de composer avec les plantes, les résines et les huiles que l'on retrouve dans tout le soin marocain.

Un art du soin, pas seulement des produits

Ce qui frappe dans la tradition marocaine, c'est que ces trois matières forment un tout. On se parfume après s'être lavé à l'argile, on rafraîchit sa peau à l'eau de rose, on accueille avec de l'eau de fleur d'oranger. Les gestes, l'ordre, le temps pris comptent autant que les ingrédients.

C'est cette dimension de rituel qui fait du soin marocain un patrimoine vivant, que les artisans de la médina continuent de pratiquer et de transmettre.

Pour les voyageurs : bien choisir dans la médina

•         Privilégier les boutiques où l'on vous laisse sentir, toucher et poser des questions : un bon artisan aime expliquer d'où vient sa matière.

•         Demander l'origine du rhassoul et de l'eau de rose, et préférer des produits sans parfum de synthèse ajouté.

•         Conserver les eaux florales à l'abri de la lumière et de la chaleur.

•         Prendre le temps : la meilleure façon de découvrir ces savoir-faire est de se perdre dans les ruelles, de s'arrêter, de goûter, de sentir.

Si vous séjournez à Fès, laissez-vous guider vers ces gestes simples : un hammam, une visite chez l'herboriste, un thé parfumé à la fleur d'oranger dans le patio. C'est là, dans l'ordinaire des maisons de la médina, que l'art du soin à la marocaine se comprend le mieux.

Next
Next

Plantes et ethnobotanique à Fès : les savoirs millénaires de la médina